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11/05/2008 23:39:03
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« Le recouvrement est un métier qui a ses règles et sa déontologie »

Dans le cadre de notre rubrique Success Story à travers laquelle nous œuvrons à diffuser la culture de l’excellence par la mise en œuvre d’une stratégie de promotion des compétences nationales et que nous avons inaugurée par une interview avec M Mohamed Mehdi Khemiri PDG de TOPNET, suivie d’une autre avec M Hassen Zargouni, Président Directeur Général de Sigma Conseil, nous vous proposons un entretien avec M Souheil Nabli, PDG de Tunisie Recouvrement qui en quatre ans d’exercice à réussi à s’imposer avec son entreprise, comme pionnier et leader dans ce domaine. Monsieur Souheil Nabli nous a livré les clés de la réussite dans le domaine de l’entreprenariat tout en nous confiant avec beaucoup d’humilité la passion qui l’anime en tant que jeune dirigeant, jaloux de son métier, préoccupé par son présent, mais combien même confiant en l’avenir. Dans cette interview M souheil Nabli, nous a dévoilé son parcours particulièrement singulier, son engagement à œuvrer pour la généralisation de la culture de l’externalisation des services du recouvrement... Pour lui, ce dernier constitue un métier qui a ses règles et sa déontologie...

1-Pouvez-vous nous présenter Tunisie recouvrement dont vous êtes le Directeur Général?
Tunisie recouvrement a été créée le 1er octobre 2003 dans le cadre de la loi de 1998 relative aux sociétés de recouvrement des créances. Cette loi réglemente ce type d’activité, donne la possibilité de création des sociétés de recouvrement avec pour objet exclusif le recouvrement pour le compte de tiers et l’achat de créances. Au début l’achat était conditionné par un agrément à avoir de la banque centrale. Dans le cadre de la simplification des procédures fiscales et administrative, cette restriction a été remplacée par la signature d’un cahier des charges avec comme autorité de tutelle, le ministère des finances. Nous étions les premiers à créer une société de recouvrement. D’autres nous ont suivis par la suite.
Tunisie recouvrement est la première société totalement indépendante des banques et ouverte à toutes les créances du grand marché. Avant la promulgation de cette loi, le marché ne comptait que des agences de recouvrement qui assistaient les sociétés à recouvrer leurs créances en dehors de tout cadre de réglementation, sans aucune garantie, sans sécurité financière et sans professionnalisme. La loi de 1998 a organisé ce secteur et combler les insuffisances enregistrées dans ce domaine d’activité. En imposant la condition d’avoir un capital supérieur ou égal à trois cent mille dinars et en donnant toutes la garantie relative à la crédibilité du promoteur, cette réglementation a permis à ce secteur de prendre de l’envol. Le fait de placer cette activité sous la tutelle du ministère des finances après avoir été sous celle de la banque nationale n’a fait que renforcer le sentiment de sécurité chez les clients. A la fin de l’année 2002, je me suis associé à Walid Maouia, Khayam Turki et Maher Sahli pour la préparation de l’étude de faisabilité du projet et la création d’une première société sous le nom de WMK. Cette société a pris en charge la création de Tunisie Recouvrement. Nous nous sommes adressés au départ aux groupes Bayahi et Kilani ainsi qu’a Mahmoud Chérif qui opère dans le domaine du shipping pour constituer la société et démarrer l’activité. En 2003 nous n’étions que deux personnes domiciliées dans un petit bureau à Tunis. Aujourd’hui, nous sommes une entreprise composée de 70 personnes.

2-Comment vous avez débuté votre activité ?
Nous avons commencé à travailler avec les PME en croyant que c’était eux qui avaient principalement besoin de nous. Ils n’ont pas une maîtrise du métier, ils ne veulent pas financer l’activité de recouvrement qui constitue à leurs yeux un déchet constaté dans la marge lors de la fixation du prix de vente. C’est de l’impayé auquel il ne faut pas engager de l’argent pour recouvrer l’irrécouvrable. Peu après, nous avons été sollicités par de grands groupes. Et là, notre vision des choses avait complètement changé. Le premier groupe avec lequel nous avons signé un contrat c’était Poulina. Pourtant nous n’avons jamais pensé que ce groupe pourrait avoir besoin de nous dès lors qu’il est bien outillé en matière de ressources humaines, en ressources financières, en présence sur tout le territoire. Et c’est ce qui nous a poussé améliorer notre organisation et d’être présent partout en Tunisie. Nous avons commencé avec l’ouverture d’une agence à Sousse, puis au Kef et à Sfax. L’agence de Tunis était déjà opérationnelle. En 2005, un grand changement s’est opéré au sein de la société, où nous avons été sollicités par l’UBCI pour la prise en charge de son porte feuille recouvrement composé par de petites créances de crédits à la consommation. Depuis, une petite niche s’est dessinée sous forme de créances en masse dont les caractéristiques principales sont : la continuité du flux, le volume considérable et l’éparpillement des impayés à petit montant sur le territoire. C’est pourquoi nous sommes passés de 14 personnes à la fin de l’année 2004, à 37 en 2005. Nous avons signé d’autres contrats par la suite, avec l’UIB, la BIAT, l’ATB et le dernier en liste c’est Ettijari Bank. De cette manière nous avons réussi à avoir les créances commerciales, qui sont les PME, PMI et grands groupes et les créances civiles, principalement les banques auxquels nous avons ajouté les opérateurs téléphoniques avec comme premier client Tunisiana. Nous considérons Tunisie recouvrement en tant que Start-up avec une évolution annuelle en chiffre, en résultat, en performance, en ressources humaines, en nombre de clients, en montant de portefeuille, qui est toujours entre 100 et 150%. Notre tendance actuelle consiste à nous occuper davantage des grands groupes et des créances en masse, des créances civiles ou industrialisés. Notre activité tourne en fait sur différents axes : Soit l’achat des créances que nous recouvrons pour notre compte, soit le recouvrement de bout en bout pour le compte d’autrui dans le cadre d’un contrat d’assistance contre rémunération sous forme de commission.

3-Comment se positionne votre entreprise en termes de part de marché en Tunisie et dans les pays du Maghreb ?
Quand nous avons fondé Tunisie recouvrement nous avions des objectifs très clairs. Car nous avons décidé de créer une société de recouvrement en Tunisie et qui deviendra la pierre angulaire de tout l’édifice. L’objectif pour nous, était de nous positionner en tant que spécialiste du recouvrement des créances en Afrique. En Tunisie l’environnement étant très propice pour la mise en place d’une telle activité. Le Maroc a commencé avant nous avec un développement qui lui est bien spécifique car ce sont les cabinets d’avocats qui ont eu à évoluer en sociétés de recouvrement. Toutefois le Maroc n’a pas vu naître des sociétés de recouvrement industrialisé, en masse ou de créances civiles à l’instar de la Tunisie. L’Algérie quant à elle dispose d’un très grand potentiel, mais elle ne compte aucune expérience de recouvrement de créances.
L’Afrique francophone, dispose aussi d’un grand potentiel. Nous avons d’ailleurs été sollicités par des intervenants économiques en Côte d’Ivoire, au Mali, en Mauritanie...Le Net, nous a beaucoup aidés dans la promotion de notre activité dans ces pays ou les opérateurs ont découverts nos performances. En Europe, cette activité date des années 1879, date de la création de la première société de recouvrement de créances en Europe. C’est une expérience très mure qui se positionne en terme de firme. Notre objectif c’est une expansion de cette envergure avec une grande ouverture sur l’Afrique. Toutefois, il faut bien commencer d’abord par une expansion réussie en Tunisie avec la prise en charge de toutes les activités de services financiers annexes : gestion compte clients, conseils juridiques, renseignement commercial, crédits à la consommation, factoring... outre le recouvrement.
Nous avons commencé à prendre une bonne part de marché en Tunisie. Sur ce plan il ya beaucoup de choses à nuancer. Quant Tunisie Recouvrement a été crée dans le cadre de loi de 1998, 13 filiales de banques ont vu le jour dans le même cadre. Ces filiales, travaillaient seulement et exclusivement pour le compte de leur banque dans le cadre d’une opération d’achat. Elles ne s’intéressent guère au marché. Ce qui a fait de nous, la première société tunisienne en matière de recouvrement. Cela a certes des avantages d’être toujours en avance dans un espace encore vierge, mais aussi beaucoup d’inconvénients dès lors qu’il faut supporter constamment toute la charge inhérente notamment à la vulgarisation et à la diffusion de la culture de l’externalisation du recouvrement de l’impayé à travers des actions multiples allant des visites sur terrain jusqu'à la construction du site Web de la société à travers lequel un grand travail d’information a été accompli pour promouvoir l’esprit de l’externalisation du recouvrement et convaincre les plus réticents d’autant plus qu’il n’y avait aucun modèle tunisien sur lequel on pouvait copier. Nous nous sommes forgés une grande expérience qui a fait de nous un leader de fait, mais un leader qui a réussi. Car nous avons fait tout ce qui peut être réalisé dans notre contexte. Mais il est vrai que par rapport à nos objectifs stratégiques, beaucoup reste à faire. Car le marché est très po
rteur.

4-Est ce que vous avez pu sauver une société en difficulté ?
Notre tache consiste aussi à sauver des sociétés qui ont beaucoup d’impayés et qui risquent de disparaître s’ils ne recouvrent pas leurs créances. Nous avons eu plusieurs occasions de le faire sans le savoir. Comme nous l’avons fait en connaissance de cause en permettant à plusieurs sociétés de retrouver une bonne trésorerie qui leur a permis de se redresser. Pour nous c’est un motif de fierté. Mais nous avons aussi participé plusieurs fois au soutien des débiteurs en leur offrant la possibilité de repartir sur des bases solides et de participer à des retours de fortune.

5-Votre entreprise fait partie des rares entreprises tunisiennes à disposer d’une charte. C’est quoi au juste ?
L’idée de la charte n’est pas venue de Tunisie recouvrement. Elle est inspirée de l’expérience européenne. Toute société de recouvrement européenne désirant intégrer l’association internationale des sociétés de recouvrement des créances, doit impérativement respecter la charte internationale des sociétés de recouvrement. Nous avons repris la même charte même s’il n’y avait pour nous aucune obligation, imbus que nous étions des valeurs contenues dans cette charte. Nous avons constaté que cette charte européenne s’efforce de garantir aussi bien les intérêts des créanciers que ceux des débiteurs. C’est pour nous un challenge que de placer notre action au niveau des standards européens, à défaut d’une concurrence sur place. En d’autres termes, il s’agit d’un objectif à travers lequel nous voulons consacrer la culture de l’excellence. Nous considérons que le débiteur n’est pas toujours animé par un esprit malsain, mais qu’il peut traverser des moments difficiles qui l’empêchent d’honorer ses engagements.
Notre tache consiste à le soutenir en cherchant la bonne formule pour recouvrer les créances de nos clients. Comme le créancier a des droits sur nous en tant que notre client qui nous charge de son portefeuille, nous nous devons respecter sa notoriété, son nom commercial, atteindre le plus rapidement possible les objectifs qu’il s’est fixé, recouvrer ses créances, honorer son image... De l’autre coté, il existe un débiteur, que nous devons respecter sans pour autant exercer sur lui, une quelconque pression. Le recouvrement est un métier, une industrie humaine qui a ses règles et sa déontologie. Un métier à travers lequel nous cherchons à trouver le meilleur compromis possible pour recouvrer les créances de nos clients. Et notre meilleur taux de performance a toujours été réalisé à travers ce genre d’arrangement qui participe au redressement de la situation financière du débiteur tout en recouvrant les impayés des créanciers.
Dans notre site, il est indiqué que notre tache consiste à recouvrer tout type de créance. Il faut comprendre par cela, le recouvrement civil ou commercial uniquement. Car nous nous refusons par conviction le recouvrement des créances à caractère humanitaire. Nous avons été sollicités pour le recouvrement des créances de certains hôpitaux de la place. Nous avons refusé de participer à plusieurs appels d’offres notamment celui de l’hôpital la Rabta à Tunis parce que nous considérons que c’est une attitude naturelle et humaine que s’adresser à un hôpital pour se soigner quand on est malade et sans argent. Par contre, celui qui préfère s’adresser à une clinique sans argent, s’inscrit dans un tout autre registre. C’est pourquoi nous acceptons le recouvrement de ce genre de créances. Nous avons refusé par ailleurs de recouvrer les créances de microcrédits de certaines associations de développement. Pour nous il s’agit aussi de cas sociaux qui s’inscrivent dans le cadre des créances à caractère humanitaire.

6- Ceci n’est-il pas en contradiction avec le métier de recouvreur ?
Jusqu’ici, ceci n’a pas constitué un obstacle, mais bien au contraire un motif de fierté qui nous conforte dans notre conviction de servir chaque citoyen qu’il soit créancier ou débiteur. Car la vie peut parfois jouer de mauvais tours au plus honnête des personnes. En plus aucun créancier et aucun débiteur n’ont engagé des plaintes contre Tunisie recouvrement. Au contraire cette attitude n’a fait que rendre positive l’image de Tunisie recouvrement auprès de l’ensemble de ses clients.

7-Quels sont vos objectifs de développement pour les années à venir, en Tunisie et à l’étranger ?
Continuer d’œuvrer pour réussir ce qui est engagé en mettant en place un proccess bien ficelé, le système le plus rentable et le plus performant pour le marché tunisien. Sauf opportunité, nous nous devons de poursuivre notre effort pour plus de performance en Tunisie ou il reste beaucoup à faire en assurant la pérennité de Tunisie recouvrement loin de tout affairisme. Nous avons élaboré un produit avec des conditions très avantageuses pour les jeunes promoteurs que nous allons lancer d’ici peu. Nous avons constaté que 25% des nouvelles entreprises disparaissent dans les trois premières années d’existence, à cause de l’impayé. Avec ce nouveau nous espérons participer à l’effort national visant l’accélération du rythme de création d’emploi en permettant aux jeunes promoteurs de profiter de notre savoir faire et notre expérience notamment dans le domaine de la gestion du portefeuille des créances et du factoring tout en leur permettant de dépasser le cap des trois premières années de fragilité. Surtout que la majorité des jeunes entrepreneurs ne sont pas formés en matière de recouvrement préventif, vente et recouvrement curatif. Nous détenons une base d’information qui comporte plus de vingt mille débiteurs, soit 20 mille personnes ou société à qui il est recommandé de ne pas vendre. Nous détenons les moyens et le savoir faire en matière de recouvrement sur l’ensemble du territoire national. Nous offrons cela sous forme de package avec une rémunération très avantageuse par rapport aux grands groupes. Nous faisons cela parce que nous sommes convaincus du fait que si ces entreprises parviennent à s’imposer ils constitueront les grands groupes de demain.

8- Les chefs d’entreprises tunisiens sont ils d’après vous convaincus des atouts qu’offre l’externalisation du recouvrement des créances ?
Nous avons eu dès le démarrage de notre entreprise la lourde tache de convaincre les opérateurs économiques de la nécessité impérieuse de l’externalisation. Mais aujourd’hui, je constate que beaucoup de changements se sont produits depuis. Si je prends l’exemple des grands groupes, je dirais que plus de 60% des grands groupes tunisiens sont des clients de Tunisie recouvrement. Si je parle banque, je dirais que les premières cinq banques privées en Tunisie sont les clientes de TR. Si je parle des opérateurs téléphoniques, je dirais que Tunisiana est une cliente de TR. Si je parle des PMI et PME le compte serait sans doute difficile à faire parce que le nombre est considérable. A considérer ces résultats je dirais que depuis l’année 2004 il y’ a eu un grand changement dès lors que la culture de l’externalisation des services est aujourd’hui bel et bien une culture bien assimilée par les entrepreneurs tunisien. En plus de Tunisie recouvrement, il existe d’autres sociétés qui opèrent dans d’autres activités externalisées à l’instar de l’informatique, de l’information, des ressources humaines etc. Aujourd’hui, nous avons moins de difficultés à convaincre les chefs d’entreprises de l’importance de l’externalisation des services du recouvrement, car ils l’ont déjà fait pour d’autres services. Cette activité avance rapidement et dans la meilleure direction. Cependant, nous avons remarqué, que les chefs d’entreprises qui ne se sentent pas en sécurité refusent l’externalisation. Ils refusent l’externalisation quand ils ont le sentiment de perdre le contrôle de leur portefeuille ou alors, quand ils n’ont pas confiance dans la qualité du service rendu. A cet égard il faut bien les comprendre en leur offrant les assurances et les garanties nécessaires. Tunisie recouvrement a trouvé la bonne solution en présentant un rapport mensuel à nos client avec notamment un bilan des encaissements, en mettant à leur disposition un chargé clients les informant des détails de l’avancement des dossiers qu’ils nos ont confiés. Nous sommes allés jusqu'à proposer aux plus grands groupes de domicilier un membre de leur personnel chargé du portefeuille auprès de nos services pour le suivi sur notre système informatique, dans un souci de transparence et de rassurance.

9- Quel a été votre parcours professionnel ?
Je suis littéraire de vocation puisque j’ai fais bac lettres. J’ai fais par la suite des études en droit à Tunis. Pendant mes années universitaires j’ai travaillé comme instituteur dans des régions récolées de la Tunisie. J’ai laissé tomber ce parcours pour reprendre et terminer mes études qui se sont soldées par une maîtrise en droits et un troisième cycle en sciences politiques. J’étais tenté par l’étape doctorale, mais une offre alléchante m’en a détourné. Après un parcours parallèle à mes études, dans le domaine du recouvrement, j’ai été recruté par Tunisie leasing dans ses services de recouvrement avant d’occuper par la suite le poste de responsable du recouvrement contentieux. La loi 98/4, a chargé le cours de mon histoire personnelle, puisque elle a été à l’origine de la création de Tunisie recouvrement. Après, j’ai tout appris sur le tas, avec les économistes, les informaticiens, les juristes Qui travaillent avec nous... Le droit c’est ma vocation et c’est mon métier, mais le reste c’est ici que je l’ai appris. Je suis convaincu que le chef d’entreprise doit être à la fois juriste mais aussi économiste pour pérenniser l’entreprise. Il doit être aussi financier parce qu’il doit bien engager de l’argent, et supporter des charges qui puissent créer des bénéfices.

10- Avez-vous rencontré des difficultés lors du lancement de votre entreprise ou au cours de son développement ?
Absolument, la grande difficulté était de trouver l’argent pour créer la société. Vous pouvez dire tout ce que vous voulez sur l’encouragement à la création d’entreprise. Les décideurs peuvent exprimer toutes les bonnes volontés dans ce domaine. Je ne peux que souscrire à la tendance. Mais toutes ces bonnes volontés restent insuffisantes tant que l’argent n’y est pas. Malgré tous les encouragements, un jeune promoteur aura du mal comme moi à trouver le financement nécessaire à la création de son entreprise. Car les banques qui constituent les premiers pourvoyeurs de fonds ne contractent ce genre de crédit qu’avec des garanties réelles. Or c’est ce qui fait défaut chez un jeune promoteur. La SICAR, non plus. Car à 99% elles fonctionnent selon les mêmes règles que les banques. J’au eu le même désagrément pour augmenter le capital de la société, car il m’a fallu aussi passer par les banques malheureusement avec le même résultat. Si nous parviendront à trouver une solution à cette question handicapante en démystifiant l’idée des projets à forte valeur ajoutée tant défendue par nos banques, nous serions en mesure de développer mille fois plus nos entreprises. A la création j’ai eu recours au cofondateur qui a eu l’amabilité de ramener des garanties réelles de son père. A l’augmentation du capital, j’ai présenté des garanties réelles d’un ami. C’est à dire que ces difficultés restent entières.

11-Pourriez-vous nous raconter un moment fort qui a marqué votre parcours professionnel ?
Tous les moments sont forts. Quand nous réalisons des exploits ce sont des moments forts. Quand nous échouons, ce sont aussi des moments forts. Mais en tant que jeune entrepreneur, le sentiment de voir le projet se développer, de constater que l’enthousiasme d’une équipe jeune qui travaille dans la convivialité et la passion, de réaliser des meilleurs résultats pour nos clients créanciers, de trouver les meilleures solutions pour nos clients débiteurs, de travailler sans se fatiguer jusqu’a une heure tardive de la journée, constituent autant de motifs de fierté et autant de joie et de bonheur.
Autre moment fort, nous avons été sollicités deux fois par deux grandes firmes internationales européennes, pour prendre part à notre actionnariat. Cela s’est passé à Paris dans le cadre d’un workshop d’une très grande firme européenne dans le domaine du financement. Quand ils ont présenté les chiffres de leurs activités en France et à travers le monde, j’étais personnellement sidéré tellement c’était important. Le volume était en effet celui d’un trust. Quand j’ai du présenter les activités de Tunisie recouvrement de l’année 2005 j’avais envie de dire que nous sommes une toute petite entreprise et que nous cherchons à apprendre des expériences des autres. J’ai passé en revue nos activités et nos objectifs prospectifs... Mais grande fut ma surprise quand l’un des trois décideurs de cette firme s’exclama en me disant : d’accord à combien vous vendez ! Ma réponse fut : je suis venu pas pour vendre mais pour apprendre. Il répliqua en disant, les idées que vous avez développé dans votre intervention sont motivantes. Et d’ajouter, une firme comme la notre, n’a même pas 30% de vos idées et conception des choses. Ce fut vraiment un grand moment fort et inoubliable pour deux cofondateurs qui novices dans ce domaine face à un leader européen qui enregistre 15000 encaissement par jour.

12-Pour finir, quel conseil donneriez-vous à un jeune entrepreneur tunisien?
Dans tous les domaines le niveau de nos jeunes est remarquable. Faut-il encore qu’ils aient confiance en eux même. Ils ne doivent pas avoir peur de se lancer pour leur propre compte. Ne dit-on pas que celui qui ne risque rien n’a rien ? Parmi mon personnel beaucoup peuvent un jour devenir des chefs d’entreprises. Certes, Ils auront des difficultés pour le financement de leur projet. A trouver ceux qui les comprennent et partagent avec eux leur ambition. Mais s’ils persévèrent, ils gagneront plus s’ils restent comme employés chez un tiers. Nous avons eu la chance en Tunisie d’avoir commencé très tôt la diffusion de la culture entrepreneuriale qui se consolide actuellement. Pour en tirer profit et réussir, il est impératif de concevoir des projets dont les objectifs dépassent nos frontières pour s’inscrire au niveau africain et méditerranéen. C’est la seule voix du succès. Nous avons toutes les qualifications requises pour relever ce challenge.

Interview réalisée par Chedly Hamrouni

 


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