
« Je suis
un militant de la méritocratie »
Dans le cadre de notre stratégie
de promotion des compétences nationales à travers la
nouvelle rubrique « Success story » que nous avons inauguré
par une interview de Monsieur Mohamed Mehdi Khemiri PDG de TOPNET,
nous avons rencontré Monsieur Hassen Zargouni, Président
directeur Général de Sigma Conseil qui nous a livré
de précieuses informations sur l’état actuel de
ce secteur ainsi que sur les raisons du succès de son entreprise.
Monsieur Hassen Zargouni est dirigeant de Sigma conseil, une entreprise
fondée en 1998 et qui se positionne aujourd’hui comme
leader dans le domaine de la recherche économique statistique
et de marché non seulement en Tunisie mais aussi au Maroc,
en Algérie et en Libye. Dans cette interview Monsieur Hassen
Zargouni nous a dévoilé son parcours professionnel exemplaire
et son engagement citoyen dans la vie associative et son militantisme
en faveur d’une méritocratie qui constitue la seule voie
pour le succès et l’excellence
1-Pouvez-vous
nous présenter SIGMA Conseil dont vous êtes le Directeur
Général ?
Sigma conseil est un bureau
d’étude basé sur la recherche par sondage et la
recherche dans le domaine économique statistique et de marché,
basée sur les enquêtes par sondages et notamment sur les
études qualitatives. Sigma conseil a plusieurs métiers
classiques qui sont le Marketing research (études marketing),
l’advertising research (études publicitaires), les études
médias, c'est-à-dire les comportements d’audiences,
les études sur les médias, de masse et notamment toutes
les études liées à la relation client. Sigma réalise
par ailleurs, des études sectorielles, des études stratégiques,
plutôt macro-économiques. Sigma est fondée en 1998.
Nous fêtons cette année ses dix ans de création.
Nous l’avons fondée à l’origine pour combler
le déficit d’information élémentaire statistique
que nous avons transformé en métiers, où toutes
les palettes, de la collecte d’information sur les terrains, au
traitement de l’information, à l’analyse et la restitution
des conclusions et des recommandations qui ont été intégré
et c’est ce qui fait notre fonds de commerce . Aujourd’hui
sigma conseil s’est établit dans l’ensemble des pays
du Maghreb où le Marketing est dynamique à savoir le Maroc,
Libye dans lesquels nous sommes représentés respectivement
par deux bureaux de liaison et en Algérie par une filiale. En
Tunisie, nous avons le siège où toutes les opérations
de back office sont réalisées et notamment tout ce qui
est IT, traitement data processing et traitement data analysis. Sigma
renferme aujourd’hui 52 personnes dont 36 cadres recrutés
des meilleurs écoles d’ingénieurs statisticiens
et de commerce.
2-
Comment se positionne votre entreprise en termes de part de marché
en Tunisie et dans les pays du Maghreb ?
Nous avons une position
particulière actuellement sur le marché dans le quel Sigma
se positionne à savoir la Tunisie où nous sommes leader
par le chiffre d’affaires et par le volume d’activité
que nous développons. On dépasse plus de deux millions
de chiffre d’affaires, dans le Maghreb. Il n’existe qu’un
ou deux bureaux qui nous affrontent au niveau du chiffre d’affaires
sur un marché très concurrentiel, sachant que les deux
cabinets qui peuvent avoir le même niveau d’activités
au sens volume se trouvent au Maroc, qui est historiquement le pays
le plus avancé en termes de Marketing et de besoin en recherche
Marketing.
3-Quels
sont, d’après vous, les raisons de ce succès ?
J’en retiens trois
raisons principales ; la première, c’est un engagement
client. Notre processus tourne autour de notre client. Nous avons l’habitude
de dire ici que nous sommes constamment des gilets pare-balles pour
nos clients. Ce qui nous distingue aussi, c’est en effet cette
relation forte que nous développons avec le client. Sigma compte
dans son portefeuille sur ces clients avec lesquels elle travaille depuis
dix ans. Ils sont les plus importants en termes de recherche marketing.
Cette orientation est tellement forte c’est la base du Marketing,
qu’on se l’applique à nous même. Elle se retrouve
dans notre commitment et dans notre engagement. Le deuxième point
important, concerne les Hommes. C’est-à-dire qu’on
a cru très vite en les Hommes et en leur capacité de créer
les richesses et la croissance. Un cabinet comme le notre ne vaut que
par ses Hommes qui constituent sans conteste sa vraie richesse. Nous
en avons pris conscience très tôt. Aujourd’hui il
n’est pas rare de venir un dimanche soir aux bureaux pour trouver
des cadres entrain de travailler. Personnes ne leur a demandé
de venir, mais ils sont là. C’est à ce moment là
où nous avons pris l’habitude de dire que Sigma travaille
7j /7 et 24H/24. La troisième raison, c’est notre connaissance
du marché, où très vite on a saisi, que les analyses
média, publicitaires, de marketing et de la satisfaction clientèle,
représentent des palettes de métiers complémentaires,
dont nos clients ont besoin. L’offre multiple et riche de service
était un point important.
Cette dernière se décline en trois axes ; le premier celui
de la diversité des produits et de l’offre ; le deuxième,
celui de la diversification régionale qui nous dicte l’impératif
de ne pas nous contenter de rester en Tunisie dès lors que nos
clients nous demandent d’aller en Algérie, au Maroc ou
en Libye. Le troisième axe est, la diversité des origines
culturelles de nos cadres formés à l’école
anglo-saxonne, française et tunisienne. Cette variabilité
au niveau des services que nous offrons, cette variété
de pays sur lesquels nous agissons et cette variété de
types de ressources humaines dont nous disposons, forment notre richesse
qui donne une force à notre proposition d’études
et de conseils.
Partant du postulat selon lequel nous avons des métiers, un savoir-faire
et une position de leader sur le marché, nous devons être
pédagogiques. Notre position sur le marché nous oblige
à être au devant de la scène et notamment d’avoir
un état d’esprit avant-gardiste et précurseur. Ce
n’est pas une prétention, mais plutôt une responsabilité
et nous en sommes conscients.
4-
Votre entreprise organise chaque année l'OPEN SIGMA. De quoi
s’agit-il au juste?
C’est pour ça
que nous avons mis en œuvre un rendez-vous annuel appelé
Open Sigma pour marquer l’idée que c’est gratuit
et ouvert au dialogue et au débat. Au cours de cette manifestation
nous présentons les performances des médias, des annonceurs,
des agences de communication…Ce qui traduit la performance marketing
tout simplement. Et quand nous parlons de marketing aujourd’hui,
notamment pour les grands annonceurs, il s’agit du cœur même
de leur stratégie d’entreprise. A travers la présentation
des performances publicitaires et des médias on décline
derrière toute la pertinence de la démarche marketing
et par delà toute la démarche d’entreprise.
Tous les ans ce rendez-vous est ouvert aux universitaires, aux étudiants,
aux professionnels entre annonceurs, agences de communication, journalistes
ou des gens des médias et des régies publicitaires. L’année
dernière nous avons reçu plus de 300 personnes, c’est
une participation massive qui traduit au-delà le succès
et l’engouement des participants pour ce type d’information,
de statistique ainsi que la pertinence de notre démarche volontairement
ouverte. La particularité de cette année c’est de
mettre en avant des jeunes que nous considérons leaders ou précurseurs
dans leur secteur et qui sont liés aux marchés, de la
communication, de la publicité et des médias. Nous avons
choisi quatre pour les mettres en avant en mettant à profit leur
savoir-faire. Ca pourrait donner de nouveaux standards grâce à
ces nouvelles technologies qu’ils maîtrisent. Nouveaux standards
au sens d’une mise à niveau du secteur par une offre technologique
intéressante qui repose sur le besoin de développer l’Internet
en Tunisie. Nous avons choisi quatre thèmes :
Les
effets spéciaux et 3D dans la création publicitaire
l’efficacité
publicitaire et l’interactivité avec la e- marketing
Le marketing viral
ou la parole est donnée aux consommateurs
Le mobile marketing
(GSM) pour que le message atteigne la cible d’une façon
efficace
Nous même nous allons
mettre en avant les principales évolutions de la publicité
sur Internet et la relation entre cette dernière et l’annonceur
en Tunisie.
La publicité sur Internet progresse sur le plan international
de 20% par an et il n’y a aucune raison pour que cela ne se réalise
pas en Tunisie
5-
Quels sont vos objectifs de développement pour les années
à venir, en Tunisie et à l’étranger ?
Pour la Tunisie c’est la consolidation des acquis actuels : renforcer
la qualité, et mieux la contrôler. Nous comptons en cela
à nous certifier l’ISO 9000. Nous avons engagé un
bureau spécialisé pour obtenir une certification d’assurance
qualité.
Pour l’étranger et après la finalisation du Maroc,
prévue cette semaine, nous mettons le cap sur Paris pour nous
attaquer à l’ethnico marketing en ouvrant une filiale Sigma
en France. Nos annonceurs souhaitent que nous travaillions sur les communautés
maghrébines en France et voire en Europe.
6-
Quel est votre point de vue sur l’état actuel de ce secteur
et quelle sont ses perspectives d’avenir ?
Le secteur des études et du conseil se raffermit aujourd’hui.
Il devient de plus en plus professionnel et la concurrence acharnée
entre multinationales déjà implantées et les acteurs
nationaux ainsi que la forte exigence des annonceurs qui sont devenus
de plus en plus pointilleux et exigeants en termes de qualité
du rendus. Ceci ne peut qu’améliorer la qualité
globale.
Dans un proche avenir, le secteur va subir un effet de concentration
où certains acteurs vont émerger au détriment de
petits acteurs, parce que les multinationales notamment contractent
généralement avec un acteur de la place d’une manière
régionale. Celui qui a peu de moyens, celui qui ne peut pas répondre
de manière consistante, rapide, forte et d’envergure à
la demande des annonceurs, aura beaucoup de problèmes. Ce qui
favorisera peut être un phénomène d’acquisition
fusion dans le secteur, que je souhaite.
7-
Quelle est la place du marketing comme politique de développement
et de promotion de l’entreprise, dans la culture de nos entrepreneurs?
Pour les entreprises qui proposent des produits et des services visant
les consommateurs finaux, le marketing a pris toute la place. C’est
fini les années 90. Et se sont les multinationales qui ont donné
cela. Si aujourd’hui Tunisie Telecom bouge c’est parce que
Tunisiana a bougé et qui est une multinationale étrangère.
Et comme Tunisie Telecom est acquise en partie par un privé,
elle s’est boostée elle-même. A titre d’exemple,
le secteur des produits laitiers, et pour cela c’est un cas d’école,
le leader lui-même a donné le rythme et celui qui ne l’a
pas suivi est mort. Donc le marketing est aujourd’hui au cœur
même de la stratégie d’entreprise. Pour le B to B,
il y’a encore un effort, mais je vois par ici et par là
l’émergence de plus de client de public relation. Ce qui
représente un mouvement intéressant pour accompagner notamment
les entreprises qui ont des offres visant les entreprises. En ce qui
concerne la culture de nos entrepreneurs, j’ai envie de dire que
dans le domaine du marketing, il y’a une forme d’oligopole
qui s’est installé dans chacun des secteurs réputés
c’est d’être publivores. Les petites et moyennes entreprises
tunisiennes, ou elles épousent la culture marketing, ou bien
disparaître, ou alors elles se font absorbés par des multinationales.
Nous avons vu pour Tom qui s’est fait absorber par une multinationale
indienne, nous avons vu Jasminal souplesse absorbée par Heinkel,
la SNBG absorbée par Heineken. Bref celui qui ne peut pas suivre
se fera absorbé. Cela est dû aussi à un autre fait
important, c’est que la Tunisie est un petit pays. Certes le niveau
de vie y est relativement élevé par rapport à nos
voisins, mais le marché exige une concentration, quelqu’un
qui fait une communication grand public de marque, amortirait cela plus
quand il a une grande part de marché que quand il a une petite
part de marché.
8-
Quel a été votre parcours professionnel ?
A la base, mon parcours professionnel était académique.
J’étais parmi les lauréats du baccalauréat.
J’ai fais les classes préparatoires math sup et je me suis
intégré à l’école nationale de la
statistique et de l’administration économique à
Paris l’INSAE qui est la grande école en France pour des
études de statistique et d’analyse économique. C’est
une école d’application de l’école polytechnique
et c’est là où j’ai eu envie de faire des
statistiques appliquées sur le marché. C’était
mon désir. J’ai travaillé en France dans le domaine
du marketing, dans le domaine des assurances-vie, ensuite chez France
télécom. A mon retour en Tunisie, j’ai travaillé
dans un bureau pluridisciplinaire, Comète Ingeniering ou j’ai
eu mon immersion dans l’économie tunisienne. Et ce n’est
qu’en 1998 que j’ai fondé Sigma, pour répondre
justement à ce besoin que j’ai senti latent en termes d’information
marché, information statistique et d’information économique.
J’ajouterais à ce parcours professionnel, un parcours associatif
particulièrement dense et important à souligner. Aujourd’hui,
être entrepreneur dans un environnement c’est une bonne
chose mais si on peut agir sur l’environnement immédiat
voire même indirect pour que les choses aillent vers l’avant
dans le sens de l’excellence en mettant la méritocratie
réelle dont je suis un fervent défenseur est un acte de
citoyenneté responsable. Je préside l’association
des tunisiens des grandes écoles (l’ATUGE) qui regroupe
l’ensemble des personnes qui ont fait les grandes écoles
françaises d’ingénieurs et de commerce. Je suis
membre du bureau exécutif de la chambre Tuniso- française
de commerce et d’industrie avec une profonde conviction que notre
relation avec l’union européenne et à travers un
pays qui compte encore économiquement pour nous ; la France qui
est d’une importance capitale. J’y crois en cette relation
qui hisse notre pays à des standards de compétitivité
au niveau international. Des relations aussi fortes et aussi raffermies
avec des clients et des investisseurs aussi exigeants, que sont les
européens. Je suis par ailleurs membre de plusieurs autres associations
: membre du CJD (centre des jeunes dirigeants), vice président
d’un club de foot (Stade Tunisien), je suis président d’un
rotary club, qui reflète un peu mon coté boy-scout.
9-
Avez-vous rencontré des difficultés lors du lancement
de votre entreprise ou au cours de son développement ?
Pas particulièrement. Le marché était mature pour
accepter et comprendre ce que nous voulions faire.
10- D’après votre expérience,
quelles sont les facteurs de succès d’un dirigeant d’entreprise
?
Trois qualités ;
La première, c’est une vision. Vers où on va, vers
où l’entreprise va. Un bon dirigeant doit avoir une vision
sur son projet de laquelle serait issue, une stratégie d’entreprise
et un plan d’action. Sans cette vision, l’entreprise périclite
rapidement. Elle ne saura pas où elle va, elle perd pied. Un
chef d’entreprise qui n’est pas visionnaire, qui ne voit
pas loin, vers où il va, très vite il sera perdu et son
entreprise avec.
La deuxième qualité, c’est le sens de la gestion
des ressources humaines. Un chef d’entreprise est un chef d’orchestre
non pas de machine, mais d’Hommes. S’il n’a pas les
qualités requises pour motiver, inciter, encourager, aider et
assister ses collaborateurs, il n’aura point de salut.
La troisième qualité c’est la communication externe.
Il faut qu’il soigne l’image de son entreprise et de ses
produits et services. Il faut qu’il communique bien et de manière
cohérente et garder toujours positif le capital image externe.
11 Pourriez-vous nous raconter un moment
fort qui a marqué votre parcours professionnel ?
Une anecdote : Un chef d’une entreprise d’agroalimentaire
m’a dit un jour « Ah vos informations coûtent vraiment
chères ». j’ai répondu en ces termes : «
Essayer l’ignorance » ! Un moment fort ? En fait tous les
moments sont forts, où l’on emporte un projet, on gagne
une étude, on gagne un client, ce sont des moments forts. Nous
en avons autant que ce que nous avons gagné. Car nous sommes
dans une logique de successful. Et naturellement quand nous ne gagnons
pas, car cela nous arrive, il y’a l’instinct qui réprime
le souvenir de l’insuccès et qui efface ce souvenir.
12
Pour finir, quel conseil donneriez-vous à un jeune entrepreneur
tunisien ?
Le principal conseil c’est de se différencier de ce qui
se fait, d’apporter une réelle valeur ajoutée par
rapport à ce qui se fait dans son secteur, car cloner des concepts
déjà faits n’a aucun intérêt. Il faut
qu’il fasse plus.
Le deuxième conseil que je donne à un jeune entrepreneur
tunisien, c’est de prescrire son affaire toujours dans une logique
extraterritoriale. Cela suppose, que son projet soit conçu pour
être exporté à la base, pour être implanté
à l’étranger de fait, et surtout qu’il ait
les mécanismes qui lui permettent de connaître les besoins
du marché international, y compris la maîtrise des langues
étrangères dont l’anglais. Ce n’est pas un
must, c’est une obligation.
Le troisième conseil, est le comportement du citoyen. C'est-à-dire
que l’éthique, le professionnalisme, le respect... ne sont
pas de vains mots. Etre un chef d’entreprise moderne, appartenant
à la génération d’aujourd’hui, c’est
être moralement sur le plan professionnel irréprochable,
être environnementalement durable, être socialement probant,
respecter ses confrères dans le même secteur et c’est
aussi être conscient de l’environnement économique
dans lequel il y est, pour l’améliorer. C’est aussi
participer d’une manière citoyenne pour que l’environnement
progresse toujours et saisir l’impératif de l’efficacité
collective. En d’autres termes, admettre la vérité
qu’en étant seul il ne peut en aucun cas réussir.
Interview réalisée
par Chedly Hamrouni